Opérations sur les limites, formes indéterminées, valeurs intermédiaires, bijection continue.
Étudier une fonction, c'est répondre à deux questions : que fait-elle loin, et que fait-elle près d'un point interdit. Les limites sont l'outil des deux. Elles ne décrivent pas une valeur atteinte mais une tendance, et cette nuance est le cœur du chapitre.
Limite en l'infini
a pour limite en si devient et reste aussi proche de qu'on veut, pourvu que soit assez grand. Graphiquement, la courbe se colle à la droite horizontale d'équation : c'est une asymptote horizontale.
a pour limite en si dépasse tout seuil fixé à l'avance, pourvu que soit assez grand.
Une fonction peut aussi n'avoir aucune limite en : oscille indéfiniment entre et sans se stabiliser ni s'échapper. « Pas de limite » est une conclusion recevable, et parfois la bonne.
Limite en un point
Le cas intéressant est celui d'un point où la fonction n'est pas définie. Si , la droite est asymptote verticale.
Une précaution s'impose alors : la limite peut différer selon le côté. Pour , on a et . Écrire une limite unique en 2 serait faux — l'étude des deux côtés n'est pas un raffinement, c'est le travail.
Que vaut la limite de 1/(x − 2) quand x tend vers 2 ?
Opérations et formes indéterminées
Les limites d'une somme, d'un produit, d'un quotient se calculent comme on l'espère — sauf dans quatre situations où le résultat dépend des fonctions en présence et ne peut pas se lire sur les seules limites :
« Forme indéterminée » ne veut pas dire « pas de limite » : cela veut dire le calcul direct ne conclut pas, il faut transformer l'écriture. Trois techniques suffisent au programme.
Factoriser par le terme dominant. Pour une fraction rationnelle en , on met en facteur la plus haute puissance au numérateur et au dénominateur. Tout ce qui reste tend vers 0, et la limite se lit sur le rapport des termes dominants.
Multiplier par la quantité conjuguée. Devant une différence de racines, , on multiplie et divise par : la différence de carrés fait disparaître l'indétermination.
Reconnaître un taux d'accroissement. Une forme du type a pour limite . C'est le pont entre ce chapitre et le suivant.
Que signifie « forme indéterminée » ?
Limites par comparaison
Quand le calcul résiste, on encadre.
Théorème des gendarmes. Si au voisinage de et si et ont la même limite en , alors tend vers .
Comparaison à l'infini. Si et , alors . Une minoration suffit pour pousser vers l'infini ; inutile d'encadrer des deux côtés.
Ces théorèmes servent surtout devant une fonction bornée multipliée par quelque chose qui tend vers 0 : , donc la limite est 0, alors que le produit est de la forme « pas de limite ».
Asymptotes obliques
Si en , la droite est asymptote oblique. La méthode d'un exercice est imposée : on donne souvent sous une forme où le reste apparaît, et il suffit de montrer que ce reste tend vers 0.
La position de la courbe par rapport à l'asymptote se lit sur le signe de : positif, la courbe est au-dessus. C'est une question systématique, et elle ne demande aucun calcul de limite.
Continuité
est continue en si . Trois conditions y sont cachées : est définie en , la limite existe, et les deux coïncident.
Toutes les fonctions usuelles — polynômes, rationnelles, racines, sinus, cosinus, exponentielle, logarithme — sont continues sur tout intervalle de leur ensemble de définition. En pratique on ne le redémontre jamais, on le cite.
Une fonction non définie en mais dont la limite existe se prolonge par continuité : on pose , et la nouvelle fonction est continue. C'est ce qui se passe pour en 0, prolongée par la valeur 1.
Le théorème des valeurs intermédiaires
Si est continue sur , alors pour tout réel compris entre et , l'équation admet au moins une solution dans .
Si de plus est strictement monotone, cette solution est unique. C'est la version employée en exercice, sous le nom de théorème de la bijection.
Deux remarques décident des points en copie. D'abord, la continuité est indispensable : la fonction partie entière saute de 0 à 1 sans jamais valoir . Ensuite, le théorème est un théorème d'existence — il ne fournit aucune valeur. Pour approcher la solution, on encadre par dichotomie, exactement comme dans la recherche du même nom.
f est continue sur [0 ; 1], f(0) = −1 et f(1) = 3. Que peut-on conclure ?
À vous
Vérifiez les hypothèses du TVI, puis encadrez la racine de x³ + x − 1 par dichotomie.
// Le théorème des valeurs intermédiaires garantit qu'une racine EXISTE. // Il ne la donne pas. La dichotomie, elle, l'encadre autant qu'on veut. const f = (x) => x ** 3 + x - 1; // 1. Vérifier les hypothèses sur [0 ; 1] : f continue, et f(0), f(1) de signes contraires. console.log("f(0) =", f(0), " f(1) =", f(1)); // 2. Encadrer la racine par dichotomie. function racine(a, b, tours) { for (let k = 0; k < tours; k++) { const m = (a + b) / 2; // à compléter : garder la moitié où le changement de signe subsiste } return [a, b]; } const [a, b] = racine(0, 1, 30); console.log("racine dans [", a.toFixed(9), ";", b.toFixed(9), "]"); console.log("largeur :", (b - a).toExponential(2));
Les réflexes du chapitre
| Situation | Geste |
|---|---|
| Fraction rationnelle en | factoriser par le terme dominant |
| indéterminé | multiplier par la conjuguée |
| reconnaître | |
| Fonction bornée quelque chose qui tend vers 0 | encadrer, gendarmes |
| Limite infinie en un point | étudier les deux côtés séparément |
| « montrer que l'équation admet une solution » | TVI, avec continuité citée |
À retenir
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