C1 — Outils de baseDans le dialogue d’impression, choisissez « Enregistrer au format PDF » comme destination.
Retour

Terminale C · Mathématiques

Cours 1Outils de base

Maîtriser les modes de démonstration, compter sans énumérer, et manier le barycentre comme outil de géométrie.

4 chapitres · 20 h de travail estimé

  1. 1. Logique et raisonnement4 h
  2. 2. Ensembles, applications, dénombrement5 h
  3. 3. Barycentre6 h
  4. 4. Sujets types — Outils de base5 h

Chapitre 1 · 4 h

Logique et raisonnement

Implication, contraposée, absurde, récurrence, contre-exemple : les modes de démonstration exigés dans toute l'épreuve.

L'épreuve du bac ne récompense pas seulement les résultats justes : elle récompense les résultats établis. Un bon résultat sans justification perd la moitié des points ; une démonstration correcte d'un fait évident les rapporte tous. Ce chapitre n'apporte donc aucune formule nouvelle — il donne les cinq façons d'écrire « donc », et surtout le moyen de choisir la bonne.

Proposition, implication, équivalence

Une proposition est un énoncé qui est soit vrai, soit faux : jamais les deux, jamais ni l'un ni l'autre. « 77 est premier » est une proposition, vraie. « x2=4x^2 = 4 » n'en est pas une tant qu'on ignore ce qu'est xx : c'est un prédicat, qui ne devient une proposition qu'une fois xx fixé ou quantifié.

L'implication PQP \Rightarrow Q se lit « si PP alors QQ ». Sa table de vérité réserve une surprise à qui la découvre :

PPQQPQP \Rightarrow Q
VVV
VFF
FVV
FFV

Un seul cas la rend fausse : PP vraie et QQ fausse. Autrement dit, PQP \Rightarrow Q signifie exactement « PP ne peut pas être vraie sans que QQ le soit ». Les deux dernières lignes déconcertent, et sont pourtant indispensables : « si nn est divisible par 44 alors nn est pair » doit rester vraie pour n=3n = 3, où l'hypothèse ne s'applique tout simplement pas. Une implication ne dit rien des cas où son hypothèse est fausse.

L'équivalence PQP \Leftrightarrow Q est la conjonction de deux implications : (PQ)(P \Rightarrow Q) et (QP)(Q \Rightarrow P). C'est la conséquence de rédaction la plus lourde de tout le chapitre : démontrer une équivalence, c'est écrire deux démonstrations. Une seule flèche traitée, et la question est à moitié faite.

Quiz · 1 question

La proposition « si 2 + 2 = 5, alors je suis le roi de France » est-elle vraie ou fausse ?

  • Fausse : la conclusion est manifestement fausse
  • Vraie : son hypothèse est fausse, donc l'implication est vraie
  • Ni l'une ni l'autre : l'énoncé n'a pas de sens

Réponse : L'hypothèse 2 + 2 = 5 est fausse, on est donc sur les deux dernières lignes de la table : l'implication est vraie. Une implication n'affirme rien quand son hypothèse est fausse — elle promet seulement de ne pas conduire du vrai au faux.

Contraposée et réciproque

Deux énoncés se construisent à partir de PQP \Rightarrow Q, et il est capital de ne pas les confondre : l'un est équivalent à l'implication de départ, l'autre non.

NomÉcritureÉquivalent à PQP \Rightarrow Q ?
ImplicationPQP \Rightarrow Q
Contraposée¬Q¬P\lnot Q \Rightarrow \lnot POui, toujours
RéciproqueQPQ \Rightarrow PNon, en général
NégationPP et ¬Q\lnot QNon : c'est son contraire

La contraposée est un outil de travail, pas une curiosité. Prenons : « si n2n^2 est pair alors nn est pair ». Attaquée de front, elle est pénible — de n2=2kn^2 = 2k, on ne tire pas grand-chose sur nn. Sa contraposée, elle, tombe toute seule : si nn est impair, alors n=2k+1n = 2k+1, donc n2=4k2+4k+1=2(2k2+2k)+1n^2 = 4k^2 + 4k + 1 = 2(2k^2+2k) + 1 est impair. Démontrée la contraposée, l'implication de départ est démontrée. C'est le même énoncé.

La réciproque, en revanche, est un énoncé différent, qui peut être faux quand l'implication est vraie : « si x=2x = 2 alors x2=4x^2 = 4 » est vraie, sa réciproque ne l'est pas — il y a x=2x = -2.

Quiz · 1 question

Soit la proposition « si un quadrilatère est un carré, alors ses diagonales sont perpendiculaires ». Que vaut sa réciproque ?

  • Elle est vraie, car c'est la même chose lue à l'envers
  • Elle est fausse : un losange non carré a aussi ses diagonales perpendiculaires
  • Elle est vraie car sa contraposée est vraie

Réponse : Le losange est le contre-exemple attendu. Cet exercice est le piège classique du bac : on démontre un sens, on croit avoir traité l'équivalence, et on perd les points de la réciproque — qui est souvent fausse.

Quantificateurs, et leur négation

Deux symboles transforment un prédicat en proposition. \forall (« pour tout ») et \exists (« il existe au moins un »).

Leur ordre n'est pas commutatif, et c'est une source constante de faux raisonnements. Comparez :

xR, yR, y>xetyR, xR, y>x\forall x \in \mathbb{R},\ \exists y \in \mathbb{R},\ y > x \qquad\text{et}\qquad \exists y \in \mathbb{R},\ \forall x \in \mathbb{R},\ y > x

La première est vraie — pour chaque xx, on prend y=x+1y = x+1, et ce yy dépend de xx. La seconde affirme l'existence d'un réel plus grand que tous les autres : elle est fausse. Mêmes symboles, ordre inversé, vérité inversée.

La négation obéit à une règle mécanique : on échange les quantificateurs et on nie la conclusion.

¬(x, P(x))    x, ¬P(x)¬(x, P(x))    x, ¬P(x)\lnot\big(\forall x,\ P(x)\big) \iff \exists x,\ \lnot P(x) \qquad \lnot\big(\exists x,\ P(x)\big) \iff \forall x,\ \lnot P(x)

Nier « toutes les fonctions de la famille sont croissantes » ne donne pas « toutes sont décroissantes », mais « il en existe une qui n'est pas croissante ». Cette règle est ce qui rend le raisonnement par l'absurde et le contre-exemple utilisables.

Le raisonnement par l'absurde

Pour démontrer QQ, on suppose ¬Q\lnot Q et on en déduit une contradiction — un énoncé et son contraire, ou un fait manifestement faux. Puisque ¬Q\lnot Q mène à l'impossible, ¬Q\lnot Q est fausse, donc QQ est vraie.

Le modèle du genre : 2\sqrt{2} est irrationnel. Supposons le contraire : 2=pq\sqrt{2} = \dfrac{p}{q} avec pp et qq entiers, la fraction étant irréductible. Alors p2=2q2p^2 = 2q^2, donc p2p^2 est pair, donc pp est pair — c'est exactement le résultat démontré plus haut par contraposée. Écrivons p=2kp = 2k : il vient 4k2=2q24k^2 = 2q^2, soit q2=2k2q^2 = 2k^2, donc qq est pair lui aussi. Mais pp et qq pairs contredit l'irréductibilité de la fraction. L'hypothèse était donc fausse.

Le point de méthode à retenir : l'absurde exige d'écrire la négation avec soin avant de commencer. C'est là que les copies se perdent, pas dans le calcul qui suit.

Le contre-exemple

Pour réfuter « x, P(x)\forall x,\ P(x) », un seul xx qui échoue suffit — c'est la règle de négation appliquée. Aucun calcul général n'est demandé, aucune théorie : un exemple bien choisi, et l'énoncé est mort.

La réciproque de cette règle est l'erreur que les correcteurs sanctionnent le plus : un exemple, ou dix, ne démontrent jamais un « pour tout ». La proposition « n2+n+41n^2 + n + 41 est premier pour tout entier nn » se vérifie pour n=0,1,2,,39n = 0, 1, 2, \ldots, 39 — quarante cas d'affilée — et tombe en n=40n = 40, où l'expression vaut 41241^2.

Quiz · 1 question

Pour réfuter « toute fonction continue sur ℝ est dérivable sur ℝ », que faut-il produire ?

  • Une démonstration générale que la continuité n'entraîne pas la dérivabilité
  • Une seule fonction continue et non dérivable en au moins un point
  • Plusieurs fonctions continues et non dérivables, pour être convaincant

Réponse : La négation d'un « pour tout » est un « il existe » : une seule fonction suffit, et la fonction valeur absolue, continue partout et non dérivable en 0, fait l'affaire. En produire plusieurs n'ajoute rien.

La démonstration par récurrence

C'est le mode de raisonnement le plus demandé de l'épreuve, et celui dont la rédaction est la plus codifiée. Il démontre une propriété P(n)P(n) pour tous les entiers à partir d'un rang, en deux vérifications finies.

Faites défiler l'animation, ou cliquez une étape pour y sauter. La dernière étape montre l'erreur qui coûte le plus de points.

Animation · 6 étapes

Les deux temps d'une démonstration par récurrence

  1. L'énoncéUne propriété P(n) qui dépend d'un entier. Pour l'instant on ne sait rien : aucun rang n'est vérifié.
  2. InitialisationOn vérifie P au premier rang, à la main. C'est un calcul, pas un raisonnement : la première tuile tombe.
  3. HéréditéOn suppose P(k) vraie pour un k quelconque, et on en déduit P(k+1). On ne démontre pas P(k) : on le suppose, et c'est légitime.
  4. La chaîne se propageL'implication vaut pour tout k. Elle transporte donc la vérité du premier rang au suivant, puis au suivant, sans jamais s'arrêter.
  5. ConclusionTous les rangs sont atteints. C'est le principe de récurrence : deux vérifications finies suffisent à couvrir une infinité de cas.
  6. L'erreur classique : hérédité seuleSans initialisation, l'implication reste vraie et ne sert à rien : aucune tuile ne tombe. Une hérédité impeccable sans premier rang ne démontre rien.

La rédaction attendue tient en trois temps, et il faut les écrire tous les trois.

Initialisation. On vérifie P(n0)P(n_0) au premier rang, par le calcul. Une ligne suffit, mais elle est obligatoire : sans elle, l'hérédité ne démontre rien.

Hérédité. On suppose P(k)P(k) vraie pour un entier kn0k \geqslant n_0 quelconque mais fixé — c'est l'hypothèse de récurrence — et on démontre P(k+1)P(k+1). On ne suppose pas ce qu'on veut démontrer : on suppose le rang kk, on établit le rang k+1k+1.

Conclusion. On invoque le principe de récurrence : P(n)P(n) est vraie pour tout nn0n \geqslant n_0.

Sur l'exemple de l'animation, avec Sn=1+2++nS_n = 1 + 2 + \cdots + n et P(n):Sn=n(n+1)2P(n) : S_n = \dfrac{n(n+1)}{2} :

Sk+1=Sk+(k+1)=k(k+1)2+(k+1)=(k+1)(k2+1)=(k+1)(k+2)2S_{k+1} = S_k + (k+1) = \frac{k(k+1)}{2} + (k+1) = (k+1)\left(\frac{k}{2} + 1\right) = \frac{(k+1)(k+2)}{2}

et c'est bien P(k+1)P(k+1). La seule étape où l'on a le droit d'utiliser P(k)P(k) est la première égalité : elle doit être signalée, sinon la démonstration est circulaire.

Choisir sa méthode

Devant une question, le mode de démonstration se lit souvent dans la forme de l'énoncé.

L'énoncé demande…Méthode à essayer d'abord
« Montrer que PQP \Leftrightarrow Q »Deux implications, séparées et annoncées
Une implication dont l'hypothèse est peu maniableLa contraposée
« Montrer qu'il n'existe pas… »L'absurde
« Montrer que la propriété est fausse »Un contre-exemple
Une propriété portant sur tout entier nnLa récurrence
Une propriété d'un objet quelconque, sans entierLe raisonnement direct

À vous

Exercice de code

Complétez les deux fonctions, puis lisez la table : la contraposée doit donner exactement la même colonne que l'implication.

Point de départ

// Une implication P ⇒ Q n'est FAUSSE que dans un seul cas.
// Écrivez-la, puis écrivez sa contraposée ¬Q ⇒ ¬P.

const implique = (p, q) => true;       // à corriger
const contraposee = (p, q) => true;    // à corriger, en réutilisant implique

// Les quatre cas possibles, dans l'ordre du cours.
console.log("P      Q      P⇒Q    ¬Q⇒¬P");
for (const p of [true, false]) {
  for (const q of [true, false]) {
    console.log(String(p).padEnd(6), String(q).padEnd(6),
                String(implique(p, q)).padEnd(6), contraposee(p, q));
  }
}
// attendu : les deux dernières colonnes identiques,
// et false uniquement à la ligne P = true, Q = false.

Solution

// P ⇒ Q se lit « P ne peut pas être vraie sans Q » :
// elle n'est fausse que si P est vraie et Q fausse.
const implique = (p, q) => !p || q;

// La contraposée n'est pas une nouvelle définition : c'est la même
// implication, appliquée aux négations et lue dans l'autre sens.
const contraposee = (p, q) => implique(!q, !p);

console.log("P      Q      P⇒Q    ¬Q⇒¬P");
for (const p of [true, false]) {
  for (const q of [true, false]) {
    console.log(String(p).padEnd(6), String(q).padEnd(6),
                String(implique(p, q)).padEnd(6), contraposee(p, q));
  }
}
// Les colonnes coïncident sur les quatre lignes : c'est exactement ce que
// veut dire « une implication et sa contraposée sont équivalentes ».
// Démontrer l'une, c'est démontrer l'autre — et on choisit la plus facile.

À retenir

Flashcards · 5 cartes

Quand une implication P ⇒ Q est-elle fausse ?
Dans un seul cas : P vraie et Q fausse. Si P est fausse, l'implication est vraie quoi qu'il arrive.
Contraposée ou réciproque de P ⇒ Q : laquelle est équivalente ?
La contraposée ¬Q ⇒ ¬P, toujours. La réciproque Q ⇒ P est un autre énoncé, souvent faux.
Quelle est la négation de « ∀x, P(x) » ?
∃x, ¬P(x). On échange le quantificateur et on nie la conclusion — jamais « ∀x, ¬P(x) ».
Que démontre une hérédité sans initialisation ?
Rien du tout. L'implication P(k) ⇒ P(k+1) peut être parfaitement vraie sans qu'aucun rang ne le soit.
Combien d'exemples faut-il pour démontrer un « pour tout » ?
Aucun nombre ne suffit. Un exemple illustre, il ne démontre pas ; en revanche un seul contre-exemple réfute.

Chapitre 2 · 5 h

Ensembles, applications, dénombrement

Compter sans énumérer : injections et bijections, arrangements, combinaisons, binôme de Newton.

Dénombrer, c'est compter sans énumérer. Personne ne dressera la liste des 1000000010\,000\,000 codes possibles d'une carte à sept chiffres : on veut le nombre, pas la liste. Tout le chapitre consiste à reconnaître, derrière un énoncé en français, laquelle de quatre situations on a sous les yeux — et l'immense majorité des erreurs de bac vient de ce diagnostic, pas du calcul qui suit.

Ensembles : le vocabulaire minimal

Un ensemble est une collection d'objets distincts, sans ordre. On note xAx \in A l'appartenance, ABA \subset B l'inclusion, et card(A)\operatorname{card}(A) le cardinal de AA, c'est-à-dire son nombre d'éléments.

Trois opérations et leurs cardinaux :

OpérationNotationCardinal
RéunionABA \cup Bcard(A)+card(B)card(AB)\operatorname{card}(A) + \operatorname{card}(B) - \operatorname{card}(A \cap B)
IntersectionABA \cap B
Complémentaire dans EEAˉ\bar{A}card(E)card(A)\operatorname{card}(E) - \operatorname{card}(A)
Produit cartésienA×BA \times Bcard(A)×card(B)\operatorname{card}(A) \times \operatorname{card}(B)

La première ligne est la formule du crible. Le terme soustrait n'est pas une subtilité : les éléments communs ont été comptés deux fois, une fois dans chaque ensemble, et il faut retirer ce doublon. Additionner sans retrancher est l'erreur la plus fréquente du chapitre.

La dernière ligne mérite d'être lue comme un principe multiplicatif : quand un choix se décompose en étapes indépendantes, les nombres de possibilités se multiplient. C'est de là que sortiront toutes les formules qui suivent.

Enfin, l'ensemble des parties de EE, noté P(E)\mathcal{P}(E), a pour cardinal 2n2^n si card(E)=n\operatorname{card}(E) = n : construire une partie, c'est décider pour chaque élément s'il entre ou non — nn décisions binaires indépendantes.

Injection, surjection, bijection

Soit f:EFf : E \to F une application.

  • ff est injective si deux éléments distincts ont des images distinctes : personne ne partage son image. Formellement, f(x)=f(y)x=yf(x) = f(y) \Rightarrow x = y.
  • ff est surjective si tout élément de FF est atteint : yF, xE, f(x)=y\forall y \in F,\ \exists x \in E,\ f(x) = y.
  • ff est bijective si elle est les deux : chaque élément de FF a exactement un antécédent.

Ces trois mots ne sont pas là pour décorer : ils comptent. Si ff est injective, alors card(E)card(F)\operatorname{card}(E) \leqslant \operatorname{card}(F) ; si elle est bijective, alors card(E)=card(F)\operatorname{card}(E) = \operatorname{card}(F). C'est le principe de toute la technique du dénombrement par bijection : pour compter un ensemble difficile, on le met en bijection avec un ensemble facile, et on compte celui-là.

Quiz · 1 question

On range 10 lettres dans 9 casiers. Peut-il exister une injection de l'ensemble des lettres dans celui des casiers ?

  • Oui, si l'on range les lettres avec soin
  • Non : une injection imposerait 10 ⩽ 9
  • Non, mais uniquement parce que les casiers sont trop petits

Réponse : Une injection de E dans F impose card(E) ⩽ card(F), donc 10 ⩽ 9 : impossible. Deux lettres au moins partagent un casier. C'est le principe des tiroirs, et c'est un argument de dénombrement, pas de bon sens.

Les quatre modèles de tirage

Tout exercice de dénombrement se ramène à tirer pp objets parmi nn. Deux questions, et deux seulement, déterminent la formule.

Le tirage se fait-il avec remise ? Autrement dit, un objet peut-il apparaître plusieurs fois ? L'ordre compte-t-il ? Autrement dit, deux tirages des mêmes objets dans un ordre différent sont-ils des résultats différents ?

OrdonnéNon ordonné
Avec remisepp-listes : npn^phors programme
Sans remiseArrangements : Anp=n!(np)!A_n^p = \dfrac{n!}{(n-p)!}Combinaisons : Cnp=n!p!(np)!C_n^p = \dfrac{n!}{p!\,(n-p)!}

Les trois cases utiles se lisent l'une après l'autre, et chaque contrainte ajoutée fait chuter le compte :

Graphique

Tirer 3 objets parmi 5 — nombre de résultats possibles

  • Avec remise, ordonné : 125125
  • Sans remise, ordonné : 6060
  • Sans remise, non ordonné : 1010
125, puis 60, puis 10. Chaque contrainte ajoutée divise le compte : interdire la répétition fait passer de 5³ à 5×4×3, et ignorer un ordre divise encore par 3! = 6.

Le raisonnement derrière les formules vaut mieux que les formules elles-mêmes.

Pour une pp-liste, chaque tirage est indépendant : nn choix, pp fois de suite, donc npn^p. Un code à 44 chiffres, c'est 104=1000010^4 = 10\,000 possibilités.

Pour un arrangement, le vivier diminue d'un objet à chaque tirage : n×(n1)××(np+1)n \times (n-1) \times \cdots \times (n-p+1), ce qui s'écrit n!(np)!\dfrac{n!}{(n-p)!}. Le podium d'une course à 88 concurrents : A83=8×7×6=336A_8^3 = 8 \times 7 \times 6 = 336.

Pour une combinaison, on part de l'arrangement et on corrige : chaque poignée de pp objets a été comptée une fois par ordre possible, c'est-à-dire p!p! fois. On divise donc par p!p!. Un jury de 33 personnes parmi 88 : C83=3366=56C_8^3 = \dfrac{336}{6} = 56.

Le cas p=np = n d'un arrangement porte un nom : une permutation de nn objets, et il y en a n!n!.

Quiz · 1 question

Dans une classe de 30 élèves, on désigne un délégué et un suppléant. Puis, séparément, on désigne une équipe de 2 élèves. Quels sont les deux nombres ?

  • 870 dans les deux cas : ce sont les mêmes choix
  • 870 pour le premier, 435 pour le second
  • 435 pour le premier, 870 pour le second

Réponse : Délégué et suppléant sont deux rôles distincts : l'ordre compte, c'est un arrangement, A(30,2) = 30 × 29 = 870. Une équipe de 2 n'a pas de rôles : l'ordre ne compte pas, on divise par 2! et on obtient C(30,2) = 435. Repérer si les places tirées sont interchangeables est tout le travail.

Propriétés des combinaisons

Trois identités reviennent à chaque session, et chacune se démontre en une phrase de français plutôt qu'en une ligne de calcul.

Symétrie : Cnp=CnnpC_n^p = C_n^{\,n-p}. Choisir les pp objets que l'on garde, c'est choisir les npn-p que l'on écarte. Une seule décision, deux façons de la décrire.

Relation de Pascal : Cnp=Cn1p1+Cn1pC_n^p = C_{n-1}^{\,p-1} + C_{n-1}^{\,p}. Fixons un objet particulier. Ou bien il est dans la poignée — il reste p1p-1 objets à choisir parmi les n1n-1 autres — ou bien il n'y est pas — il faut alors choisir les pp objets parmi les n1n-1 autres. Ces deux cas sont disjoints et couvrent tout.

Cas particuliers : Cn0=Cnn=1C_n^0 = C_n^n = 1 et Cn1=nC_n^1 = n. Il y a exactement une façon de ne rien choisir, ce qui justifie la convention 0!=10! = 1.

La relation de Pascal se lit directement dans le triangle, où chaque terme est la somme des deux qui le surmontent :

nnp=0p=0p=1p=1p=2p=2p=3p=3p=4p=4
001
1111
22121
331331
4414641

Le binôme de Newton

(a+b)n=p=0nCnpapbnp(a+b)^n = \sum_{p=0}^{n} C_n^p\, a^{p} b^{\,n-p}

La formule se démontre par récurrence — c'est un exercice classique, qui utilise précisément la relation de Pascal à l'étape d'hérédité. Mais elle se comprend par le dénombrement : développer (a+b)n(a+b)^n, c'est choisir, dans chacun des nn facteurs, si l'on prend aa ou bb. Le terme apbnpa^p b^{\,n-p} apparaît autant de fois qu'il y a de façons de choisir les pp facteurs qui fournissent le aa — soit CnpC_n^p fois.

Deux conséquences immédiates, en faisant a=b=1a = b = 1 puis a=1, b=1a = -1,\ b = 1 :

p=0nCnp=2netp=0n(1)pCnp=0(n1)\sum_{p=0}^{n} C_n^p = 2^n \qquad\text{et}\qquad \sum_{p=0}^{n} (-1)^p\, C_n^p = 0 \quad (n \geqslant 1)

La première retrouve le cardinal de P(E)\mathcal{P}(E) : sommer sur toutes les tailles de parties, c'est compter toutes les parties.

Quiz · 1 question

Quel est le coefficient de a³b² dans le développement de (a + b)⁵ ?

  • 5, car l'exposant est 5
  • 10, c'est-à-dire C(5,3)
  • 6, c'est-à-dire 3!

Réponse : Il faut choisir lesquels des 5 facteurs fournissent un a : C(5,3) = 10. La symétrie donne le même résultat en comptant les facteurs qui fournissent un b, C(5,2) = 10.

Méthode : lire l'énoncé avant de calculer

Ce que dit l'énoncéCe que ça signifieFormule
« code », « numéro », « avec répétition possible »avec remise, ordonnénpn^p
« classement », « podium », « rôles distincts »sans remise, ordonnéAnpA_n^p
« équipe », « poignée », « comité », « ensemble de »sans remise, non ordonnéCnpC_n^p
« ranger tous les objets »permutationn!n!
« au moins un… »passer par le complémentairecard(E)card(Aˉ)\operatorname{card}(E) - \operatorname{card}(\bar{A})

La dernière ligne vaut un réflexe : les énoncés en « au moins un » se traitent presque toujours par le contraire, « aucun », qui est un seul cas au lieu d'une somme.

À vous

Exercice de code

Écrivez les trois comptages. La dernière ligne teste la convention 0! = 1 : vérifiez que votre code y répond 1 et non 0.

Point de départ

// Trois façons de tirer p objets parmi n, à écrire dans cet ordre.
const factorielle = (k) => (k <= 1 ? 1 : k * factorielle(k - 1));

// p-listes : avec remise, ordonné.
const pListes = (n, p) => 0;      // à corriger

// Arrangements : sans remise, ordonné — n × (n-1) × … × (n-p+1).
const arrangements = (n, p) => 0; // à corriger

// Combinaisons : sans remise, non ordonné.
const combinaisons = (n, p) => 0; // à corriger

console.log(pListes(5, 3));       // attendu : 125
console.log(arrangements(5, 3));  // attendu : 60
console.log(combinaisons(5, 3));  // attendu : 10
console.log(combinaisons(5, 2));  // attendu : 10  (symétrie)
console.log(combinaisons(10, 0)); // attendu : 1

Solution

const factorielle = (k) => (k <= 1 ? 1 : k * factorielle(k - 1));

// Chaque tirage est indépendant : n choix, p fois.
const pListes = (n, p) => n ** p;

// Le vivier diminue d'un objet à chaque tirage : c'est n! / (n-p)!,
// mais le produit se calcule directement, sans factorielle géante.
const arrangements = (n, p) => {
  let total = 1;
  for (let i = 0; i < p; i++) total *= n - i;
  return total;
};

// Chaque poignée de p objets a été comptée une fois par ordre possible,
// c'est-à-dire p! fois. On divise donc par p!.
const combinaisons = (n, p) => arrangements(n, p) / factorielle(p);

console.log(pListes(5, 3));       // 125
console.log(arrangements(5, 3));  // 60
console.log(combinaisons(5, 3));  // 10
console.log(combinaisons(5, 2));  // 10 — choisir 3 objets à garder, c'est
                                  // en choisir 2 à écarter : C(n,p) = C(n,n-p)
console.log(combinaisons(10, 0)); // 1 — il y a exactement une façon de ne
                                  // rien choisir, d'où la convention 0! = 1

À retenir

Flashcards · 5 cartes

Quelles deux questions déterminent la formule de dénombrement ?
Y a-t-il remise ? L'ordre compte-t-il ? Les réponses donnent n^p, A(n,p) ou C(n,p) — le reste est du calcul.
Pourquoi divise-t-on l'arrangement par p! pour obtenir la combinaison ?
Parce que chaque poignée de p objets a été comptée une fois par ordre possible, et il y a p! ordres.
Que vaut card(A ∪ B) ?
card(A) + card(B) − card(A ∩ B). Sans le terme soustrait, les éléments communs sont comptés deux fois.
Comment traiter un énoncé en « au moins un » ?
Par le complémentaire : total − nombre de cas « aucun ». Un seul calcul au lieu d'une somme de cas.
Que donne le binôme de Newton pour a = b = 1 ?
La somme des C(n,p) vaut 2^n, soit le nombre de parties d'un ensemble à n éléments.

Chapitre 3 · 6 h

Barycentre

Le barycentre comme outil : associativité, lignes de niveau, recherche de lieux géométriques.

Le barycentre n'est pas un chapitre de géométrie parmi d'autres : c'est un outil de réduction. Sa fonction est de remplacer une somme de vecteurs ou de distances par une seule, rapportée à un point unique. Une expression qui dépend de trois points devient une expression qui dépend d'un seul, et un lieu géométrique inextricable devient un cercle. Tout le chapitre tient dans ce mouvement.

Deux points pondérés

Soient AA et BB deux points et α,β\alpha, \beta deux réels tels que α+β0\alpha + \beta \neq 0. Le barycentre GG du système {(A,α),(B,β)}\{(A,\alpha),(B,\beta)\} est l'unique point vérifiant

αGA+βGB=0\alpha\,\overrightarrow{GA} + \beta\,\overrightarrow{GB} = \vec{0}

La condition α+β0\alpha + \beta \neq 0 n'est pas une formalité : si la somme des coefficients est nulle, aucun point ne convient et le barycentre n'existe pas. C'est la première chose à vérifier, et la première ligne attendue en copie.

Deux propriétés se déduisent immédiatement de la définition.

Homogénéité. Multiplier tous les coefficients par un même réel k0k \neq 0 ne change pas GG. On peut donc toujours simplifier : {(A,4),(B,6)}\{(A,4),(B,6)\} et {(A,2),(B,3)}\{(A,2),(B,3)\} ont le même barycentre. En pratique, on réduit avant de calculer.

Position. GG appartient à la droite (AB)(AB), et plus précisément

AG=βα+βAB\overrightarrow{AG} = \frac{\beta}{\alpha+\beta}\,\overrightarrow{AB}

Si α\alpha et β\beta sont de même signe, GG est entre AA et BB, plus près du point le plus lourd. Avec des coefficients de signes contraires, GG sort du segment.

Quiz · 1 question

Où se trouve le barycentre de {(A, 3), (B, 1)} ?

  • Aux trois quarts du segment [AB] en partant de A
  • Au quart du segment [AB] en partant de A
  • En dehors du segment, au-delà de A

Réponse : AG = β/(α+β) × AB = 1/4 × AB. Le point le plus lourd attire : A pèse 3, donc G est près de A. Un coefficient plus grand rapproche, il n'éloigne pas — c'est le contresens le plus fréquent.

La propriété fondamentale

Elle porte tout le reste du chapitre. Si GG est le barycentre de {(A,α),(B,β)}\{(A,\alpha),(B,\beta)\}, alors pour tout point MM du plan :

αMA+βMB=(α+β)MG\alpha\,\overrightarrow{MA} + \beta\,\overrightarrow{MB} = (\alpha+\beta)\,\overrightarrow{MG}

La démonstration tient en une ligne — insérer GG par la relation de Chasles dans chaque vecteur — mais l'usage est considérable : une somme de deux vecteurs variables devient un seul vecteur variable. C'est cette réduction qu'on cherchera systématiquement.

En prenant M=OM = O l'origine d'un repère, on obtient la formule de calcul :

xG=αxA+βxBα+βyG=αyA+βyBα+βx_G = \frac{\alpha x_A + \beta x_B}{\alpha + \beta} \qquad y_G = \frac{\alpha y_A + \beta y_B}{\alpha + \beta}

Chaque coordonnée est la moyenne des coordonnées, pondérée par les coefficients. Rien de plus.

nn points, et l'isobarycentre

La définition s'étend sans changement à nn points pondérés, sous la même condition que la somme des coefficients soit non nulle :

i=1nαiGAi=0et donci=1nαiMAi=(i=1nαi)MG\sum_{i=1}^{n} \alpha_i \, \overrightarrow{GA_i} = \vec{0} \qquad\text{et donc}\qquad \sum_{i=1}^{n} \alpha_i \, \overrightarrow{MA_i} = \left(\sum_{i=1}^{n}\alpha_i\right) \overrightarrow{MG}

Quand tous les coefficients sont égaux, GG s'appelle l'isobarycentre. Pour deux points, c'est le milieu ; pour un triangle, c'est le centre de gravité, point de concours des médianes, situé aux deux tiers de chaque médiane à partir du sommet : AG=23AA\overrightarrow{AG} = \frac{2}{3}\overrightarrow{AA'}, où AA' est le milieu de [BC][BC].

Ce résultat classique n'a pas à être admis : il se démontre en trois lignes par associativité, et c'est justement l'objet de la section suivante.

L'associativité

C'est le théorème le plus utile du chapitre. Dans un système de points pondérés, on peut remplacer un sous-groupe de points par leur barycentre partiel, affecté de la somme de leurs coefficients, sans changer le barycentre global.

L'animation construit G=bar{(A,2),(B,1),(C,1)}G = \mathrm{bar}\{(A,2),(B,1),(C,1)\} des deux façons, puis fait varier le coefficient de CC.

Animation · 5 étapes

Construire G = bar{(A,2), (B,1), (C,1)}

  1. Trois points pondérésUn barycentre ne se calcule pas sur des points, mais sur des points AFFECTÉS de coefficients. Changer les coefficients change le résultat.
  2. Regrouper A et BOn remplace les deux premiers points par leur seul barycentre I, affecté de la somme de leurs coefficients. I est sur le segment [AB], plus près du point le plus lourd.
  3. AssociativitéLe barycentre des trois points est celui de I et de C. C'est le théorème d'associativité : il transforme un problème à trois points en un problème à deux, et G se lit alors sur le segment [IC].
  4. Le même G, directementEn coordonnées, G est la moyenne des points pondérée par les coefficients. Même point, obtenu sans passer par I : c'est la vérification qu'on attend en copie.
  5. Alourdir COn fait croître le coefficient de C : G glisse vers C sans jamais l'atteindre. Le barycentre reste dans l'enveloppe convexe des points tant que les coefficients sont positifs.

Sur l'exemple : I=bar{(A,2),(B,1)}I = \mathrm{bar}\{(A,2),(B,1)\} est sur [AB][AB], et G=bar{(I,3),(C,1)}G = \mathrm{bar}\{(I,3),(C,1)\} est sur [IC][IC]. Le coefficient de II est 2+1=32+1 = 3, et l'oublier est l'erreur qui coûte le plus de points dans ce chapitre : on écrit II avec son ancien coefficient, ou avec 11, et tout le reste s'effondre.

L'intérêt est double. D'une part, un problème à trois points devient un problème à deux, où GG se lit sur un segment. D'autre part, l'associativité démontre des alignements : dire que GG est le barycentre de II et CC, c'est exactement dire que GG, II et CC sont alignés. C'est ainsi qu'on établit le concours des médianes — l'isobarycentre de AA, BB, CC est aussi le barycentre de AA' (milieu de [BC][BC], donc de coefficient 22) et de AA, donc il est sur la médiane (AA)(AA') ; le même raisonnement sur les deux autres médianes conclut.

Quiz · 1 question

G est le barycentre de {(A,1), (B,2), (C,3)} et I celui de {(B,2), (C,3)}. Quel système admet aussi G pour barycentre ?

  • {(A,1), (I,1)}
  • {(A,1), (I,5)}
  • {(A,1), (I,6)}

Réponse : Le point partiel hérite de la SOMME des coefficients remplacés : 2 + 3 = 5. G est donc le barycentre de {(A,1), (I,5)}, ce qui prouve au passage que A, G et I sont alignés.

Lignes de niveau

C'est l'application qui tombe à l'épreuve. On cherche l'ensemble des points MM vérifiant une égalité, et la méthode est toujours la même : réduire à l'aide d'un barycentre bien choisi, jusqu'à reconnaître une figure élémentaire.

Ligne de niveau de αMA+βMB=k\left\lVert \alpha\overrightarrow{MA} + \beta\overrightarrow{MB} \right\rVert = k. La propriété fondamentale donne α+β×MG=k\lvert \alpha+\beta \rvert \times MG = k, donc MG=kα+βMG = \dfrac{k}{\lvert \alpha+\beta \rvert} : le lieu est le cercle de centre GG et de ce rayon — ou un point si k=0k = 0, ou l'ensemble vide si kk est négatif.

Ligne de niveau de αMA2+βMB2=k\alpha MA^2 + \beta MB^2 = k. En introduisant le barycentre GG et en développant MA=MG+GA\overrightarrow{MA} = \overrightarrow{MG} + \overrightarrow{GA} :

αMA2+βMB2=(α+β)MG2+αGA2+βGB2\alpha MA^2 + \beta MB^2 = (\alpha+\beta)\,MG^2 + \alpha\,GA^2 + \beta\,GB^2

Les deux derniers termes sont des constantes : elles ne dépendent pas de MM. L'égalité se ramène donc à MG2=constanteMG^2 = \text{constante}, et le lieu est encore un cercle de centre GG — vide si la constante obtenue est strictement négative.

Ligne de niveau de MAMB=k\overrightarrow{MA} \cdot \overrightarrow{MB} = k. Avec II le milieu de [AB][AB], on établit MAMB=MI2AB24\overrightarrow{MA} \cdot \overrightarrow{MB} = MI^2 - \dfrac{AB^2}{4}, d'où un cercle de centre II. Le cas k=0k = 0 redonne le cercle de diamètre [AB][AB].

La constante est le seul endroit où l'on calcule vraiment ; le reste est mécanique. Et dans les trois cas, la conclusion doit discuter le signe : un rayon au carré négatif donne l'ensemble vide, et l'oublier coûte les derniers points de la question.

Méthode : un lieu géométrique, pas à pas

ÉtapeCe qu'on fait
1Vérifier que la somme des coefficients n'est pas nulle
2Nommer GG le barycentre du système qui apparaît dans l'égalité
3Réduire la somme de vecteurs, ou développer les carrés autour de GG
4Isoler MGMG ou MG2MG^2
5Discuter selon kk : cercle, point, ou ensemble vide

Si la somme des coefficients est nulle, la réduction échoue — mais elle échoue utilement : la somme αMA+βMB\alpha\overrightarrow{MA} + \beta\overrightarrow{MB} devient alors un vecteur constant, indépendant de MM, et le lieu est une droite. Ce cas est un sujet d'exercice à part entière, et non un accident.

À vous

Exercice de code

Écrivez la fonction barycentre, puis vérifiez que les deux chemins — direct et par associativité — donnent le même point.

Point de départ

// Chaque coordonnée de G est la moyenne des coordonnées, pondérée
// par les coefficients. Écrivez-la une seule fois, pour une liste
// de couples [point, coefficient].
const A = { x: 1, y: 2 };
const B = { x: 7, y: 0 };
const C = { x: 4, y: 6 };

const barycentre = (ponderes) => ({ x: 0, y: 0 }); // à corriger

// Le chemin direct.
const G = barycentre([[A, 2], [B, 1], [C, 1]]);

// Le chemin par associativité : on regroupe A et B en I,
// affecté de la SOMME de leurs coefficients.
const I = barycentre([[A, 2], [B, 1]]);
const G2 = barycentre([[I, 3], [C, 1]]);

console.log(G.x, G.y);    // attendu : 3.25 2.5
console.log(G2.x, G2.y);  // attendu : le même point

Solution

const A = { x: 1, y: 2 };
const B = { x: 7, y: 0 };
const C = { x: 4, y: 6 };

// La masse totale ne doit jamais être nulle : c'est la condition
// d'existence du barycentre, et le seul cas à écarter.
const barycentre = (ponderes) => {
  const masse = ponderes.reduce((t, [, m]) => t + m, 0);
  if (masse === 0) throw new Error("masse totale nulle : pas de barycentre");
  return {
    x: ponderes.reduce((t, [p, m]) => t + p.x * m, 0) / masse,
    y: ponderes.reduce((t, [p, m]) => t + p.y * m, 0) / masse,
  };
};

const G = barycentre([[A, 2], [B, 1], [C, 1]]);
const I = barycentre([[A, 2], [B, 1]]);
const G2 = barycentre([[I, 3], [C, 1]]);

console.log(G.x, G.y);    // 3.25 2.5
console.log(G2.x, G2.y);  // 3.25 2.5 — c'est l'associativité, vérifiée
                          // numériquement : le coefficient de I est 2+1 = 3,
                          // et l'oublier est l'erreur classique du chapitre.

À retenir

Flashcards · 5 cartes

Quelle condition garantit l'existence du barycentre ?
La somme des coefficients doit être non nulle. Si elle est nulle, aucun point ne convient : à vérifier en première ligne.
Quelle est la propriété fondamentale du barycentre ?
Pour tout M : α·MA + β·MB = (α+β)·MG. Elle réduit une somme de vecteurs variables à un seul.
Que dit l'associativité, et quelle erreur guette ?
On peut remplacer un sous-groupe par son barycentre partiel affecté de la SOMME de leurs coefficients. Oublier cette somme est l'erreur classique.
Comment démontrer que trois points sont alignés avec des barycentres ?
En montrant que l'un est barycentre des deux autres : par définition, il est alors sur leur droite.
À quoi ressemble le lieu des M tels que αMA² + βMB² = k ?
À un cercle de centre G, après réduction (α+β)MG² + constante. Toujours discuter le signe : le lieu peut être un point ou vide.

Chapitre 4 · 5 h

Sujets types — Outils de base

Exercices de bac sur la logique, le dénombrement et le barycentre.

Les trois chapitres précédents ne sont pas des sujets d'examen : ce sont des outils. Un énoncé de baccalauréat ne demande jamais « faites une récurrence » ni « calculez un barycentre ». Il pose une question, et c'est à vous de reconnaître lequel des trois outils la résout.

Cette leçon travaille exactement cette reconnaissance. Chaque sujet est donné en entier, puis décortiqué : ce que l'énoncé dit, ce qu'il ne dit pas, et le geste attendu.

Sujet 1 — Une somme à démontrer

Soit (un)(u_n) la suite définie par un=13+23++n3u_n = 1^3 + 2^3 + \cdots + n^3 pour n1n \geqslant 1. Démontrer que pour tout entier n1n \geqslant 1, un=(n(n+1)/2)2u_n = \left(n(n+1)/2\right)^2.

Lecture de l'énoncé. Une propriété qui dépend d'un entier nn, à démontrer pour tout nn. Il n'y a pas d'autre outil : c'est une récurrence. Le mot n'apparaît pas dans l'énoncé, et il n'apparaîtra jamais.

Initialisation. Pour n=1n = 1 : u1=1u_1 = 1 et le membre de droite vaut (1×2/2)2=1(1 \times 2 / 2)^2 = 1. La propriété est vraie au rang 1. Une ligne, un calcul.

Hérédité. On suppose la propriété vraie à un rang k1k \geqslant 1 quelconque. Alors

uk+1=uk+(k+1)3=(k(k+1)2)2+(k+1)3u_{k+1} = u_k + (k+1)^3 = \left(\frac{k(k+1)}{2}\right)^2 + (k+1)^3

Tout le travail est là : faire apparaître le membre de droite au rang k+1k+1. On factorise par (k+1)2(k+1)^2 :

uk+1=(k+1)2(k24+(k+1))=(k+1)2k2+4k+44=((k+1)(k+2)2)2u_{k+1} = (k+1)^2\left(\frac{k^2}{4} + (k+1)\right) = (k+1)^2 \cdot \frac{k^2 + 4k + 4}{4} = \left(\frac{(k+1)(k+2)}{2}\right)^2

ce qui est exactement la propriété au rang k+1k+1.

Quiz · 1 question

Dans l'hérédité, on écrit « supposons u_k = (k(k+1)/2)² ». Que suppose-t-on au juste ?

  • Que la propriété est vraie pour tout k, ce qu'on veut démontrercercle vicieux
  • Que la propriété est vraie pour UN rang k fixé, sans savoir lequelhypothèse de récurrence
  • Que la propriété est vraie pour k = 1, déjà vérifiéinitialisation

Réponse : On fixe un k quelconque et on suppose la propriété à ce rang-là seulement. Supposer « pour tout k » serait supposer ce qu'on démontre — c'est le contresens qui invalide une copie entière, même quand le calcul qui suit est juste.

Sujet 2 — Un comité

Un club compte 7 femmes et 5 hommes. On forme un comité de 4 personnes.

  1. Combien de comités possibles ?
  2. Combien comportent exactement 2 femmes ?
  3. Combien comportent au moins une femme ?

Lecture. « Comité » : un ensemble, donc sans ordre. Personne n'y figure deux fois, donc sans remise. Les deux questions du chapitre sont tranchées avant tout calcul — c'est une affaire de combinaisons.

Question 1. Choisir 4 personnes parmi 12 :

(124)=12×11×10×94×3×2×1=495\binom{12}{4} = \frac{12 \times 11 \times 10 \times 9}{4 \times 3 \times 2 \times 1} = 495

Question 2. Le comité se construit en deux temps indépendants : 2 femmes parmi 7, puis 2 hommes parmi 5. Deux choix successifs se multiplient :

(72)×(52)=21×10=210\binom{7}{2} \times \binom{5}{2} = 21 \times 10 = 210

Question 3. « Au moins une » : le réflexe du complémentaire. Le contraire de « au moins une femme » est « aucune femme », c'est-à-dire 4 hommes parmi 5, soit (54)=5\binom{5}{4} = 5 comités. Donc 4955=490495 - 5 = 490.

Traiter la question 3 directement demanderait quatre calculs — exactement 1, 2, 3 ou 4 femmes — et leur somme. Le complémentaire en demande un.

Quiz · 1 question

Pourquoi multiplie-t-on C(7,2) par C(5,2) à la question 2, au lieu de les additionner ?

  • Parce que les deux choix sont faits l'un après l'autre et se combinentprincipe multiplicatif
  • Parce que l'addition ne s'applique qu'aux ensembles disjointsprincipe additif
  • Parce que la multiplication donne toujours un plus grand nombreaucun rapport

Réponse : Chacun des 21 choix de femmes peut être associé à chacun des 10 choix d'hommes : on multiplie. On additionne quand on compte des cas qui s'excluent — « 2 femmes » OU « 3 femmes », par exemple.

Sujet 3 — Un lieu géométrique

ABCABC est un triangle. Déterminer l'ensemble des points MM du plan tels que 2MA+MB+MC=12\lVert 2\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB} + \overrightarrow{MC} \rVert = 12.

Lecture. Une somme de vecteurs variables, dont on impose la norme. La somme des coefficients vaut 2+1+1=402 + 1 + 1 = 4 \neq 0 : le barycentre existe. C'est le signal.

Réduction. Soit GG le barycentre de {(A,2),(B,1),(C,1)}\{(A,2),(B,1),(C,1)\}. La propriété fondamentale donne, pour tout point MM :

2MA+MB+MC=4MG2\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB} + \overrightarrow{MC} = 4\,\overrightarrow{MG}

La condition devient 4MG=12\lVert 4\overrightarrow{MG} \rVert = 12, c'est-à-dire MG=3MG = 3.

Conclusion. L'ensemble cherché est le cercle de centre GG et de rayon 3. Une condition portant sur trois points variables est devenue une condition portant sur un seul : c'est tout ce que le barycentre sert à faire.

Il reste à placer GG, ce que l'énoncé attend explicitement : GG est le barycentre de AA affecté de 2 et du milieu II de [BC][BC] affecté de 2 — par associativité — donc GG est le milieu de [AI][AI].

Quiz · 1 question

Si l'énoncé avait demandé la norme de « MA + MB − 2MC », que faudrait-il faire ?

  • Le même calcul, avec le barycentre de coefficients 1, 1 et −2réduction habituelle
  • Constater que la somme des coefficients est nulle : pas de barycentresomme nulle
  • Changer l'ordre des points pour rendre la somme non nulleréordonner

Réponse : 1 + 1 − 2 = 0 : aucun barycentre n'existe. La somme vectorielle est alors CONSTANTE, indépendante de M — on la calcule une fois, et l'ensemble cherché est soit vide, soit le plan entier. C'est un cas d'énoncé fréquent, et le piège tient à ne pas vérifier la somme des coefficients.

Vérifier plutôt que croire

Un résultat de dénombrement se contrôle en énumérant sur un petit cas. Si la formule et l'énumération divergent, c'est la formule qui est fausse.

Exercice de code

Comptez les comités de 3 personnes parmi 6 comprenant au moins une femme, par énumération puis par formule.

Point de départ

// Une formule de dénombrement se vérifie en énumérant, sur de petits cas.
// C'est le seul contrôle honnête : si l'énumération et la formule divergent,
// c'est la formule qui est fausse.

// Comités de 3 personnes parmi 6, dont AU MOINS une femme.
// Les personnes 0, 1, 2 sont des femmes ; 3, 4, 5 des hommes.
const PERSONNES = [0, 1, 2, 3, 4, 5];
const EST_FEMME = (p) => p < 3;

// 1. Énumération : construire toutes les parties à 3 éléments, puis filtrer.
function parEnumeration() {
  let compte = 0;
  for (let a = 0; a < 6; a++)
    for (let b = a + 1; b < 6; b++)
      for (let c = b + 1; c < 6; c++) {
        // à compléter : ne compter que si le comité contient une femme
      }
  return compte;
}

// 2. Formule : total − aucun homme… non, total − « aucune femme ».
const C = (n, p) => (p === 0 ? 1 : (C(n - 1, p - 1) * n) / p);
function parFormule() {
  return 0; // à corriger : C(6,3) moins les comités sans aucune femme
}

console.log(parEnumeration(), parFormule()); // les deux doivent donner 19

Solution

const EST_FEMME = (p) => p < 3;

function parEnumeration() {
  let compte = 0;
  for (let a = 0; a < 6; a++)
    for (let b = a + 1; b < 6; b++)
      for (let c = b + 1; c < 6; c++) {
        if (EST_FEMME(a) || EST_FEMME(b) || EST_FEMME(c)) compte++;
      }
  return compte;
}

const C = (n, p) => (p === 0 ? 1 : (C(n - 1, p - 1) * n) / p);

// « Au moins une femme » se compte par le complémentaire : tous les comités,
// moins ceux formés uniquement des 3 hommes.
function parFormule() {
  return C(6, 3) - C(3, 3);
}

console.log(parEnumeration(), parFormule()); // 19 19

QCM du bloc

QCM de bloc · 6 questions

Bloc I — Outils de base

1. On vient de démontrer « si n² est impair, alors n est impair ». Qu'a-t-on démontré du même coup, sans une ligne de plus ?

  • Que si n est impair, alors n² est impair
  • Que si n est pair, alors n² est pair
  • Rien d'autre : une implication ne donne qu'elle-même

Réponse : La contraposée ¬Q ⇒ ¬P est le MÊME énoncé : « n pair ⇒ n² pair » est acquis gratuitement. La première option est la réciproque, un énoncé différent qu'il faudrait démontrer à part — c'est la confusion qui coûte le plus de points dans les questions d'équivalence.

2. Une copie établit correctement P(k) ⇒ P(k+1) pour tout k ⩾ 0, mais ne vérifie pas P(0). Qu'a-t-elle démontré ?

  • P(n) pour tout n ⩾ 1, seul le rang 0 manque
  • Rien du tout : aucun rang n'est acquis
  • P(n) pour tout n, l'initialisation n'étant qu'une formalité

Réponse : L'hérédité transporte une vérité, elle n'en crée aucune. La propriété « n² + n est impair » est héréditaire — ajouter 2k+2 ne change pas la parité — et pourtant fausse à tous les rangs, puisque n(n+1) est toujours pair. Sans premier domino, la chaîne ne démarre pas.

3. Une urne contient 12 jetons numérotés. On en tire 4 simultanément. Combien de résultats possibles ?

  • 12⁴ = 20 736
  • A(12,4) = 11 880
  • C(12,4) = 495

Réponse : « Simultanément » ferme les deux questions d'un coup : pas de remise, et pas d'ordre. C'est donc une combinaison, C(12,4) = 495. Répondre 11 880 revient à distinguer des tirages qui sont le même ensemble de jetons.

4. On lance cinq fois un dé à six faces. Combien de résultats contiennent au moins un 6 ?

  • 5 × 6⁴ = 6 480
  • 6⁵ − 5⁵ = 4 651
  • 6⁵ − 5 = 7 771

Réponse : « Au moins un » se traite par le complémentaire : 7 776 résultats en tout, 3 125 sans aucun 6, donc 4 651. La première option compte plusieurs fois les lancers contenant deux 6 ou plus — l'erreur que le passage au complémentaire est fait d'éviter.

5. Le barycentre du système {(A, 3), (B, −3)} existe-t-il ?

  • Oui, et il appartient à la droite (AB)
  • Non : la somme des coefficients est nulle
  • Oui, c'est le milieu de [AB] par symétrie

Réponse : Aucun point ne convient quand α + β = 0, et c'est la vérification qui ouvre la copie. L'échec est instructif : 3·MA − 3·MB vaut 3·BA, un vecteur CONSTANT indépendant de M. C'est pour cela qu'un tel système donne une droite comme lieu, là où un système de masse non nulle donne un cercle.

6. G est le barycentre de {(A, 2), (B, 3)}. Quel est l'ensemble des points M tels que la norme de 2·MA + 3·MB vaille 10 ?

  • Le cercle de centre G et de rayon 2
  • Le cercle de centre le milieu de [AB] et de rayon 10
  • La médiatrice du segment [AB]

Réponse : La propriété fondamentale réduit la somme à 5·MG, d'où MG = 2. Le centre est G, pas le milieu de [AB] : les deux ne coïncident que si les coefficients sont égaux. Oublier de diviser par la masse totale donne un rayon dix fois trop grand.

Les gestes du bloc

L'énoncé contient…L'outilLe premier geste
« pour tout entier nn »récurrencevérifier le premier rang
« combien de… »dénombrementremise ? ordre ?
« au moins un… »complémentairecompter le contraire
une somme de vecteurs MAi\overrightarrow{MA_i}barycentresomme des coefficients 0\neq 0 ?
« ensemble des points MM tels que… »réduction puis lieu connuramener à un seul vecteur

À retenir

Flashcards · 4 cartes

Un énoncé demande de démontrer une propriété « pour tout entier n ». Que fait-on ?
Une récurrence. Le mot n'apparaît jamais dans l'énoncé : c'est le quantificateur « pour tout n » qui le déclenche.
Dans une hérédité, que suppose-t-on exactement ?
La propriété à UN rang k fixé quelconque — jamais pour tout k, ce serait supposer ce qu'on démontre.
Quand multiplie-t-on deux dénombrements, quand les additionne-t-on ?
On multiplie des choix successifs qui se combinent, on additionne des cas qui s'excluent mutuellement.
Que vérifier avant d'introduire un barycentre ?
Que la somme des coefficients est non nulle. Si elle est nulle, la somme vectorielle est constante et il n'y a pas de barycentre.