Chapitre 1 · 4 h
Logique et raisonnement
Implication, contraposée, absurde, récurrence, contre-exemple : les modes de démonstration exigés dans toute l'épreuve.
L'épreuve du bac ne récompense pas seulement les résultats justes : elle récompense les résultats établis. Un bon résultat sans justification perd la moitié des points ; une démonstration correcte d'un fait évident les rapporte tous. Ce chapitre n'apporte donc aucune formule nouvelle — il donne les cinq façons d'écrire « donc », et surtout le moyen de choisir la bonne.
Proposition, implication, équivalence
Une proposition est un énoncé qui est soit vrai, soit faux : jamais les deux, jamais ni l'un ni l'autre. « est premier » est une proposition, vraie. « » n'en est pas une tant qu'on ignore ce qu'est : c'est un prédicat, qui ne devient une proposition qu'une fois fixé ou quantifié.
L'implication se lit « si alors ». Sa table de vérité réserve une surprise à qui la découvre :
| V | V | V |
| V | F | F |
| F | V | V |
| F | F | V |
Un seul cas la rend fausse : vraie et fausse. Autrement dit, signifie exactement « ne peut pas être vraie sans que le soit ». Les deux dernières lignes déconcertent, et sont pourtant indispensables : « si est divisible par alors est pair » doit rester vraie pour , où l'hypothèse ne s'applique tout simplement pas. Une implication ne dit rien des cas où son hypothèse est fausse.
L'équivalence est la conjonction de deux implications : et . C'est la conséquence de rédaction la plus lourde de tout le chapitre : démontrer une équivalence, c'est écrire deux démonstrations. Une seule flèche traitée, et la question est à moitié faite.
Quiz · 1 question
La proposition « si 2 + 2 = 5, alors je suis le roi de France » est-elle vraie ou fausse ?
- Fausse : la conclusion est manifestement fausse
- Vraie : son hypothèse est fausse, donc l'implication est vraie
- Ni l'une ni l'autre : l'énoncé n'a pas de sens
Réponse : L'hypothèse 2 + 2 = 5 est fausse, on est donc sur les deux dernières lignes de la table : l'implication est vraie. Une implication n'affirme rien quand son hypothèse est fausse — elle promet seulement de ne pas conduire du vrai au faux.
Contraposée et réciproque
Deux énoncés se construisent à partir de , et il est capital de ne pas les confondre : l'un est équivalent à l'implication de départ, l'autre non.
| Nom | Écriture | Équivalent à ? |
|---|---|---|
| Implication | — | |
| Contraposée | Oui, toujours | |
| Réciproque | Non, en général | |
| Négation | et | Non : c'est son contraire |
La contraposée est un outil de travail, pas une curiosité. Prenons : « si est pair alors est pair ». Attaquée de front, elle est pénible — de , on ne tire pas grand-chose sur . Sa contraposée, elle, tombe toute seule : si est impair, alors , donc est impair. Démontrée la contraposée, l'implication de départ est démontrée. C'est le même énoncé.
La réciproque, en revanche, est un énoncé différent, qui peut être faux quand l'implication est vraie : « si alors » est vraie, sa réciproque ne l'est pas — il y a .
Quiz · 1 question
Soit la proposition « si un quadrilatère est un carré, alors ses diagonales sont perpendiculaires ». Que vaut sa réciproque ?
- Elle est vraie, car c'est la même chose lue à l'envers
- Elle est fausse : un losange non carré a aussi ses diagonales perpendiculaires
- Elle est vraie car sa contraposée est vraie
Réponse : Le losange est le contre-exemple attendu. Cet exercice est le piège classique du bac : on démontre un sens, on croit avoir traité l'équivalence, et on perd les points de la réciproque — qui est souvent fausse.
Quantificateurs, et leur négation
Deux symboles transforment un prédicat en proposition. (« pour tout ») et (« il existe au moins un »).
Leur ordre n'est pas commutatif, et c'est une source constante de faux raisonnements. Comparez :
La première est vraie — pour chaque , on prend , et ce dépend de . La seconde affirme l'existence d'un réel plus grand que tous les autres : elle est fausse. Mêmes symboles, ordre inversé, vérité inversée.
La négation obéit à une règle mécanique : on échange les quantificateurs et on nie la conclusion.
Nier « toutes les fonctions de la famille sont croissantes » ne donne pas « toutes sont décroissantes », mais « il en existe une qui n'est pas croissante ». Cette règle est ce qui rend le raisonnement par l'absurde et le contre-exemple utilisables.
Le raisonnement par l'absurde
Pour démontrer , on suppose et on en déduit une contradiction — un énoncé et son contraire, ou un fait manifestement faux. Puisque mène à l'impossible, est fausse, donc est vraie.
Le modèle du genre : est irrationnel. Supposons le contraire : avec et entiers, la fraction étant irréductible. Alors , donc est pair, donc est pair — c'est exactement le résultat démontré plus haut par contraposée. Écrivons : il vient , soit , donc est pair lui aussi. Mais et pairs contredit l'irréductibilité de la fraction. L'hypothèse était donc fausse.
Le point de méthode à retenir : l'absurde exige d'écrire la négation avec soin avant de commencer. C'est là que les copies se perdent, pas dans le calcul qui suit.
Le contre-exemple
Pour réfuter « », un seul qui échoue suffit — c'est la règle de négation appliquée. Aucun calcul général n'est demandé, aucune théorie : un exemple bien choisi, et l'énoncé est mort.
La réciproque de cette règle est l'erreur que les correcteurs sanctionnent le plus : un exemple, ou dix, ne démontrent jamais un « pour tout ». La proposition « est premier pour tout entier » se vérifie pour — quarante cas d'affilée — et tombe en , où l'expression vaut .
Quiz · 1 question
Pour réfuter « toute fonction continue sur ℝ est dérivable sur ℝ », que faut-il produire ?
- Une démonstration générale que la continuité n'entraîne pas la dérivabilité
- Une seule fonction continue et non dérivable en au moins un point
- Plusieurs fonctions continues et non dérivables, pour être convaincant
Réponse : La négation d'un « pour tout » est un « il existe » : une seule fonction suffit, et la fonction valeur absolue, continue partout et non dérivable en 0, fait l'affaire. En produire plusieurs n'ajoute rien.
La démonstration par récurrence
C'est le mode de raisonnement le plus demandé de l'épreuve, et celui dont la rédaction est la plus codifiée. Il démontre une propriété pour tous les entiers à partir d'un rang, en deux vérifications finies.
Faites défiler l'animation, ou cliquez une étape pour y sauter. La dernière étape montre l'erreur qui coûte le plus de points.
Animation · 6 étapes
Les deux temps d'une démonstration par récurrence
- L'énoncé — Une propriété P(n) qui dépend d'un entier. Pour l'instant on ne sait rien : aucun rang n'est vérifié.
- Initialisation — On vérifie P au premier rang, à la main. C'est un calcul, pas un raisonnement : la première tuile tombe.
- Hérédité — On suppose P(k) vraie pour un k quelconque, et on en déduit P(k+1). On ne démontre pas P(k) : on le suppose, et c'est légitime.
- La chaîne se propage — L'implication vaut pour tout k. Elle transporte donc la vérité du premier rang au suivant, puis au suivant, sans jamais s'arrêter.
- Conclusion — Tous les rangs sont atteints. C'est le principe de récurrence : deux vérifications finies suffisent à couvrir une infinité de cas.
- L'erreur classique : hérédité seule — Sans initialisation, l'implication reste vraie et ne sert à rien : aucune tuile ne tombe. Une hérédité impeccable sans premier rang ne démontre rien.
La rédaction attendue tient en trois temps, et il faut les écrire tous les trois.
Initialisation. On vérifie au premier rang, par le calcul. Une ligne suffit, mais elle est obligatoire : sans elle, l'hérédité ne démontre rien.
Hérédité. On suppose vraie pour un entier quelconque mais fixé — c'est l'hypothèse de récurrence — et on démontre . On ne suppose pas ce qu'on veut démontrer : on suppose le rang , on établit le rang .
Conclusion. On invoque le principe de récurrence : est vraie pour tout .
Sur l'exemple de l'animation, avec et :
et c'est bien . La seule étape où l'on a le droit d'utiliser est la première égalité : elle doit être signalée, sinon la démonstration est circulaire.
Choisir sa méthode
Devant une question, le mode de démonstration se lit souvent dans la forme de l'énoncé.
| L'énoncé demande… | Méthode à essayer d'abord |
|---|---|
| « Montrer que » | Deux implications, séparées et annoncées |
| Une implication dont l'hypothèse est peu maniable | La contraposée |
| « Montrer qu'il n'existe pas… » | L'absurde |
| « Montrer que la propriété est fausse » | Un contre-exemple |
| Une propriété portant sur tout entier | La récurrence |
| Une propriété d'un objet quelconque, sans entier | Le raisonnement direct |
À vous
Exercice de code
Complétez les deux fonctions, puis lisez la table : la contraposée doit donner exactement la même colonne que l'implication.
Point de départ
// Une implication P ⇒ Q n'est FAUSSE que dans un seul cas.
// Écrivez-la, puis écrivez sa contraposée ¬Q ⇒ ¬P.
const implique = (p, q) => true; // à corriger
const contraposee = (p, q) => true; // à corriger, en réutilisant implique
// Les quatre cas possibles, dans l'ordre du cours.
console.log("P Q P⇒Q ¬Q⇒¬P");
for (const p of [true, false]) {
for (const q of [true, false]) {
console.log(String(p).padEnd(6), String(q).padEnd(6),
String(implique(p, q)).padEnd(6), contraposee(p, q));
}
}
// attendu : les deux dernières colonnes identiques,
// et false uniquement à la ligne P = true, Q = false.
Solution
// P ⇒ Q se lit « P ne peut pas être vraie sans Q » :
// elle n'est fausse que si P est vraie et Q fausse.
const implique = (p, q) => !p || q;
// La contraposée n'est pas une nouvelle définition : c'est la même
// implication, appliquée aux négations et lue dans l'autre sens.
const contraposee = (p, q) => implique(!q, !p);
console.log("P Q P⇒Q ¬Q⇒¬P");
for (const p of [true, false]) {
for (const q of [true, false]) {
console.log(String(p).padEnd(6), String(q).padEnd(6),
String(implique(p, q)).padEnd(6), contraposee(p, q));
}
}
// Les colonnes coïncident sur les quatre lignes : c'est exactement ce que
// veut dire « une implication et sa contraposée sont équivalentes ».
// Démontrer l'une, c'est démontrer l'autre — et on choisit la plus facile.
À retenir
Flashcards · 5 cartes
- Quand une implication P ⇒ Q est-elle fausse ?
- Dans un seul cas : P vraie et Q fausse. Si P est fausse, l'implication est vraie quoi qu'il arrive.
- Contraposée ou réciproque de P ⇒ Q : laquelle est équivalente ?
- La contraposée ¬Q ⇒ ¬P, toujours. La réciproque Q ⇒ P est un autre énoncé, souvent faux.
- Quelle est la négation de « ∀x, P(x) » ?
- ∃x, ¬P(x). On échange le quantificateur et on nie la conclusion — jamais « ∀x, ¬P(x) ».
- Que démontre une hérédité sans initialisation ?
- Rien du tout. L'implication P(k) ⇒ P(k+1) peut être parfaitement vraie sans qu'aucun rang ne le soit.
- Combien d'exemples faut-il pour démontrer un « pour tout » ?
- Aucun nombre ne suffit. Un exemple illustre, il ne démontre pas ; en revanche un seul contre-exemple réfute.