Architecture des ordinateurs · C1 Représentation de l'information · Chapitre 2 · 6 h
Codage des données
Entiers non signés, complément à deux et débordement ; virgule flottante IEEE 754 ; ASCII et Unicode ; numérisation des images et des sons.
Le 4 juin 1996, trente-sept secondes après le décollage, Ariane 5 se disloque. La cause tient en une ligne de code héritée d'Ariane 4 : une vitesse horizontale, stockée en flottant sur 64 bits, est convertie en entier signé sur 16 bits. Ariane 5 vole plus vite que sa devancière, la valeur ne tient pas dans le domaine, la conversion déborde. Le calculateur bascule en mode erreur, le second calculateur — même logiciel, même donnée — tombe une milliseconde plus tard, et 370 millions de dollars partent en fumée.
Ce chapitre est celui de ce genre d'accidents. Le chapitre 1 a montré comment écrire des entiers positifs ; il n'a rien dit du signe, de la virgule, ni des lettres. Chaque codage qu'on va poser résout un de ces manques — et chacun a un domaine hors duquel il ment sans prévenir. Reconnaître ce domaine est l'objectif réel du chapitre.
Entiers non signés : le tour du compteur
Sur bits sans signe, on code les entiers de à . Rien de plus, rien de moins. Un octet va de 0 à 255, un mot de 32 bits jusqu'à 4 294 967 295.
Que se passe-t-il en dépassant ? Le bit qui déborde à gauche n'a nulle part où aller : il est
perdu. Sur 8 bits, donne 100000000, dont seuls les huit bits de droite sont
conservés — soit 00000000, c'est-à-dire 0. L'arithmétique machine n'est pas celle des
entiers : c'est l'arithmétique modulo , celle d'un compteur kilométrique qui repasse
à zéro.
Ce n'est pas une anomalie, c'est le comportement défini du matériel. Ce qui est dangereux, c'est qu'il soit silencieux : aucune exception, aucun message, juste un résultat faux.
Le complément à deux
Il faut maintenant coder les négatifs. La première idée qui vient est aussi la mauvaise :
réserver le bit de poids fort au signe et coder la valeur absolue dans le reste. Ce codage,
dit signe-valeur absolue, a deux défauts rédhibitoires. Il possède deux zéros,
00000000 et 10000000, qu'il faut traiter séparément partout. Et surtout, l'addition ne
fonctionne plus : additionner et bit à bit donne 10001010, soit , ce qui
n'a aucun sens. Il faudrait un circuit de soustraction distinct du circuit d'addition.
Le complément à deux résout les deux problèmes d'un coup, et c'est pourquoi toutes les machines l'emploient. Son principe : garder l'addition binaire telle quelle, et choisir le codage des négatifs pour qu'elle tombe juste.
L'idée est celle du compteur. Sur bits on compte modulo ; reculer de 5 revient donc à avancer de . On définit le codage de comme celui de :
Sur 8 bits (2⁸ = 256) +5 → 00000101 −5 → 256 − 5 = 251 → 11111011Vérifions que l'addition marche, sans aucun circuit spécial :
00000101 (+5) + 11111011 (−5) ────────── 100000000 → le 9ᵉ bit déborde et disparaît 00000000 → 0. Exact.En pratique on n'effectue jamais la soustraction . On utilise la règle des deux gestes, strictement équivalente : inverser tous les bits, puis ajouter 1.
5 = 00000101 ~ → 11111010 (inversion bit à bit) +1 → 11111011 = −5La règle est involutive : l'appliquer à redonne . C'est le meilleur contrôle d'une copie.
Quatre conséquences à connaître par cœur.
Le bit de poids fort est le bit de signe : 0 pour positif ou nul, 1 pour négatif. Ce n'est pas une convention plaquée, c'est une conséquence du codage.
Le domaine est dissymétrique. Sur bits on code de à : sur 8 bits, de à . Il y a un négatif de plus que de positifs, parce que zéro occupe une place du côté positif. Conséquence pratique : n'est pas représentable sur 8 bits, et la règle des deux gestes appliquée à redonne .
L'extension de signe. Pour élargir un nombre de 8 à 32 bits, on ne complète pas par des
zéros mais par le bit de signe répété. Sinon deviendrait 251. C'est exactement
l'instruction que le chapitre 6 nommera lb contre lbu.
Les mêmes bits, deux lectures. 11111011 vaut 251 non signé et signé. Le motif ne
porte pas son interprétation : c'est l'instruction du processeur qui décide, et c'est la
raison pour laquelle le chapitre 6 distingue les comparaisons signées des non signées.
Quiz · 1 question
Sur 8 bits en complément à deux, on additionne 100 et 50. Que vaut le résultat lu par le processeur, et pourquoi ?
- 150 : le résultat est correct, il tient sur 8 bits — pas de débordement
- −106 : la somme dépasse +127, le bit de signe bascule à 1 et le résultat devient négatif — débordement signé
- 0 : le débordement remet le compteur à zéro — remise à zéro
Réponse : 100 + 50 = 150, or le domaine signé sur 8 bits s'arrête à +127. Le motif obtenu est 10010110, dont le bit de poids fort vaut 1 : lu en complément à deux, il vaut 150 − 256 = −106. Le résultat tient parfaitement sur 8 bits — il n'y a aucune retenue sortante — mais il est faux, et c'est justement ce qui rend le débordement SIGNÉ traître : il ne se détecte pas par la retenue finale. Le processeur le repère autrement, en comparant la retenue entrante et la retenue sortante du bit de signe. Note que le même motif lu en NON signé vaut 150, valeur correcte : le débordement dépend de l'interprétation.
Détecter le débordement
Il faut distinguer deux cas, que le matériel signale par deux indicateurs différents.
Le débordement non signé se produit quand une retenue sort du bit de poids fort. Le processeur lève l'indicateur de retenue (carry).
Le débordement signé se produit quand le résultat sort de . Il se détecte ainsi : la retenue entrant dans le bit de signe diffère de la retenue qui en sort. Le processeur lève l'indicateur de débordement (overflow). Une règle plus simple à retenir en TD : additionner deux nombres de même signe et obtenir un résultat de signe opposé est un débordement signé — et additionner deux nombres de signes contraires ne peut jamais déborder.
Les deux sont indépendants : une même addition peut déborder dans un cas et pas dans l'autre. C'est bien pourquoi le processeur maintient deux indicateurs, et pourquoi le compilateur choisit l'instruction de branchement selon que la variable était déclarée signée ou non.
Virgule flottante : IEEE 754
Coder demande un autre principe : la notation scientifique en binaire. Tout réel non nul s'écrit , et la norme IEEE 754 range ces trois morceaux dans un mot. En simple précision, sur 32 bits :
| Champ | Bits | Rôle |
|---|---|---|
| Signe | 1 | 0 pour positif, 1 pour négatif |
| Exposant | 8 | , biaisé pour rester positif |
| Mantisse | 23 | la partie après la virgule de |
Deux astuces méritent d'être comprises. Le bit implicite : puisque la partie entière de la notation normalisée vaut toujours 1, on ne la stocke pas — 23 bits stockés donnent 24 bits de précision. Et l'exposant biaisé : au lieu d'un exposant signé, on stocke , ce qui permet de comparer deux flottants positifs comme s'ils étaient des entiers, en un seul circuit.
La double précision, sur 64 bits, suit le même schéma avec 11 bits d'exposant et 52 de
mantisse. Certains motifs sont réservés : exposant tout à 1 et mantisse nulle codent
, exposant tout à 1 et mantisse non nulle codent NaN (not a number), et
l'exposant tout à 0 code zéro et les nombres dénormalisés.
Reste la propriété qui coûte le plus cher en pratique : un flottant binaire ne peut pas représenter exactement . En base 2, est un développement infini périodique, exactement comme en base 10. La machine stocke donc une valeur voisine, et :
0.1 + 0.2 = 0.30000000000000004Ce n'est pas un bogue, c'est un arrondi, et il est inévitable dans tout codage à précision finie. La conséquence est une règle absolue : on ne compare jamais deux flottants avec une égalité stricte. On teste que leur écart est inférieur à une tolérance. Et en informatique financière, on n'emploie pas de flottants du tout — on compte en centimes, avec des entiers.
Caractères : d'ASCII à Unicode
Un caractère est un nombre, et rien d'autre. La difficulté n'a jamais été technique, elle a été de se mettre d'accord sur la table.
ASCII (1963) code 128 caractères sur 7 bits : les chiffres à partir de 48, les majuscules
à partir de 65, les minuscules à partir de 97. Deux détails qui servent en TD : l'écart
majuscule → minuscule vaut exactement 32, soit un seul bit à basculer ; et le caractère '7'
vaut 55, pas 7 — d'où le − '0' de toutes les conversions caractère vers chiffre.
ASCII ne connaît ni le é, ni le ß, ni le grec. Les pages de codes sur 8 bits, comme
Latin-1, ont ajouté 128 caractères chacune, avec le résultat prévisible : un même octet
signifiait autre chose d'une page à l'autre, et tout échange mal étiqueté produisait des
é — c'est l'origine des accents cassés qu'on voit encore.
Unicode sépare enfin deux questions que tout le monde confondait. Il attribue à chaque
caractère un point de code unique et abstrait (U+00E9 pour é), sans dire comment le
stocker. Le stockage relève d'un encodage, et le dominant est UTF-8, à taille
variable : 1 octet pour l'ASCII — qui reste donc valide tel quel —, 2 à 4 octets au-delà.
D'où une conséquence que le chapitre 7 du cours de systèmes retrouvera : en UTF-8, le nombre d'octets n'est pas le nombre de caractères. Le mot « été » occupe 5 octets pour 3 caractères. Couper une chaîne au milieu d'un caractère produit un octet invalide.
Images et sons : échantillonner puis quantifier
Le monde est continu, la machine discrète. Toute numérisation fait donc deux choses, et chacune perd de l'information.
Échantillonner, c'est découper : une image en pixels, un son en instants de mesure. Pour le son, le théorème de Shannon impose d'échantillonner à plus du double de la fréquence maximale à conserver — d'où les 44,1 kHz du disque compact, un peu plus du double des 20 kHz audibles.
Quantifier, c'est arrondir chaque échantillon sur un nombre fini de niveaux. La
profondeur est ce nombre de bits : 8 bits par composante pour une image courante — d'où
les 256 niveaux de rouge du #4f46e5 du chapitre 1 —, 16 bits par échantillon pour le CD.
Le calcul de taille en découle directement, et c'est l'exercice type :
Image 1920 × 1080, 3 composantes de 8 bits 1920 × 1080 × 3 = 6 220 800 octets ≈ 5,9 Mio par image, non compressée Son stéréo, 44 100 Hz, 16 bits, 1 minute 44 100 × 2 × 2 × 60 = 10 584 000 octets ≈ 10 MioCes ordres de grandeur expliquent à eux seuls l'existence de la compression — et la distinction entre compression sans perte (PNG, FLAC), qui restitue l'original bit pour bit, et avec perte (JPEG, MP3), qui jette ce que la perception ne remarque pas.
Quiz · 1 question
Un programme compare if (0.1 + 0.2 == 0.3) et le test échoue. Quelle est l'analyse correcte ?
- Le processeur a un défaut d'arrondi que les versions récentes corrigent — défaut matériel
- 0,1 et 0,2 n'ont pas de représentation binaire exacte : leur somme est légèrement décalée, donc on ne compare jamais deux flottants par égalité stricte — codage à précision finie
- Il faut passer en double précision, ce qui rend la comparaison exacte — plus de bits
Réponse : En base 2, 1/10 est un développement infini périodique, comme 1/3 en base 10 : aucune mantisse finie ne peut le contenir. La machine stocke donc les plus proches voisins représentables, et leur somme tombe à 0.30000000000000004. Passer en double précision déplace l'erreur sans la supprimer — il y a plus de bits, mais toujours un nombre fini. La règle qui en découle est absolue : on teste que l'écart est inférieur à une tolérance, jamais l'égalité. Et pour de l'argent, on n'emploie pas de flottants : on compte en centimes avec des entiers.
À vous
L'exercice code le complément à deux sur 8 bits dans les deux sens, puis détecte le débordement signé. Les trois fonctions sont courtes ; ce qui compte est de faire tomber les cas limites, et ils sont volontairement présents dans le jeu de tests : , dont l'opposé n'existe pas, et , qui déborde sans produire la moindre retenue sortante.
Exercice de code
Complétez le décodage en complément à deux, puis détectez le débordement signé.
Point de départ
const N = 8;
const MODULO = 1 << N; // 256
const MIN = -(1 << (N - 1)); // −128
const MAX = (1 << (N - 1)) - 1; // +127
const bits = (motif) => motif.toString(2).padStart(N, "0");
// Entier signé -> motif de N bits. Un négatif se code comme 2^N + x.
function coder(x) {
if (x < MIN || x > MAX) return null; // hors domaine : incodable
return x < 0 ? MODULO + x : x;
}
// Motif de N bits -> entier signé.
function decoder(motif) {
return motif; // ← faux : cette lecture ignore le bit de signe
}
// Addition machine : on additionne, on tronque à N bits, et on regarde si
// le résultat SIGNÉ est celui attendu.
function additionner(a, b) {
const brut = (coder(a) + coder(b)) % MODULO;
return { motif: brut, valeur: decoder(brut) };
}
// ── À VOUS ────────────────────────────────────────────────────────────────
// 1. Corrigez decoder : si le bit de poids fort vaut 1, le motif code un
// négatif, et sa valeur est motif − 2^N.
// 2. Écrivez deborde(a, b) : vrai si a + b sort de [MIN, MAX].
// Indice : deux nombres de signes contraires ne débordent jamais.
function deborde(a, b) {
return false; // ← à écrire
}
const CAS = [
{ a: 5, b: -5 }, { a: 100, b: 50 }, { a: -100, b: -50 },
{ a: -128, b: 1 }, { a: 127, b: -1 }, { a: 60, b: 60 },
];
for (const { a, b } of CAS) {
const r = additionner(a, b);
const exact = a + b;
const attendu = exact < MIN || exact > MAX;
const marque = r.valeur === exact ? " ok" : " X débordement";
const detecte = deborde(a, b) === attendu ? "" : " (deborde() se trompe)";
console.log(
(a + " + " + b).padEnd(12) + "= " + String(r.valeur).padStart(5) +
" " + bits(r.motif) + marque + detecte
);
}
console.log("opposé de -128 :", coder(128) === null ? "incodable sur 8 bits" : "?");
Solution
const N = 8;
const MODULO = 1 << N;
const MIN = -(1 << (N - 1));
const MAX = (1 << (N - 1)) - 1;
const bits = (motif) => motif.toString(2).padStart(N, "0");
function coder(x) {
if (x < MIN || x > MAX) return null;
return x < 0 ? MODULO + x : x;
}
function decoder(motif) {
// Le bit de poids fort EST le bit de signe : s'il vaut 1, le motif code
// le négatif motif − 2^N. C'est l'exacte réciproque de coder().
return motif >= MODULO / 2 ? motif - MODULO : motif;
}
function additionner(a, b) {
const brut = (coder(a) + coder(b)) % MODULO;
return { motif: brut, valeur: decoder(brut) };
}
function deborde(a, b) {
// Deux signes contraires ne peuvent pas déborder : la somme est comprise
// entre les deux opérandes. Le débordement n'arrive donc que sur deux
// nombres de même signe dont la somme change de signe.
const s = a + b;
if (a >= 0 !== b >= 0) return false;
return s < MIN || s > MAX;
}
const CAS = [
{ a: 5, b: -5 }, { a: 100, b: 50 }, { a: -100, b: -50 },
{ a: -128, b: 1 }, { a: 127, b: -1 }, { a: 60, b: 60 },
];
for (const { a, b } of CAS) {
const r = additionner(a, b);
const exact = a + b;
const attendu = exact < MIN || exact > MAX;
const marque = r.valeur === exact ? " ok" : " X débordement";
const detecte = deborde(a, b) === attendu ? "" : " (deborde() se trompe)";
console.log(
(a + " + " + b).padEnd(12) + "= " + String(r.valeur).padStart(5) +
" " + bits(r.motif) + marque + detecte
);
}
console.log("opposé de -128 :", coder(128) === null ? "incodable sur 8 bits" : "?");
En travaux pratiques
Travaux pratiques 2 · 3 h
Coder autre chose que des entiers positifs
Manipuler les trois codages qui trahissent le plus souvent le programmeur : complément à deux, virgule flottante, UTF-8 — et voir chacun échouer en direct.
Avant de commencer
- Le TP 1 : conversions et notion de largeur fixe
- Un compilateur C, et un outil d'affichage hexadécimal
Énoncé
- Coder un négatif — Codez -5 sur 8 bits en complément à deux, à la main. Vérifiez votre résultat en additionnant 5 et -5 sur 8 bits : vous devez trouver zéro. Indice : Inverser tous les bits, puis ajouter 1.
- L'asymétrie — Sur 8 bits signés, écrivez la plus grande et la plus petite valeur. Calculez ensuite l'opposé de la plus petite avec la méthode de l'étape 1. Que trouvez-vous, et pourquoi ?
- Le test qui ment — En C, écrivez une boucle qui part de 0 et ajoute 1 à un int tant que la valeur est positive. Compilez sans optimisation, exécutez, et expliquez la sortie.
- Décomposer un flottant — Affichez la représentation binaire d'un float valant 0.1, et retrouvez signe, exposant et mantisse. Reconstruisez la valeur exacte qu'elle représente réellement. Indice : Un union entre un float et un unsigned int permet de lire les mêmes octets des deux façons.
- La comparaison qui échoue — Testez si 0.1 + 0.2 vaut 0.3. Affichez le résultat avec vingt décimales. Écrivez ensuite la comparaison correcte, et dites ce qui fixe le seuil.
- Le texte, en octets — Créez un fichier contenant « éléphant », affichez-le en hexadécimal et comptez les octets. Comparez au nombre de caractères. Coupez ensuite le fichier au milieu d'un caractère accentué et rouvrez-le.
- Détecter une erreur — Ajoutez un bit de parité paire à un octet, puis inversez un bit et vérifiez la détection. Inversez-en deux : que se passe-t-il ?
C'est réussi quand
- 5 + (-5) donne 0000 0000 sans que vous ayez traité le signe à part
- Vous savez expliquer pourquoi 0.1 n'est pas représentable exactement
- « éléphant » compte 8 caractères et 10 octets, et vous savez lesquels
- Vous savez énoncer la limite de la parité en une phrase
Correction
5 = 0000 0101 inversion = 1111 1010 + 1 = 1111 1011 ← -5 vérification : 0000 0101 ( 5) + 1111 1011 (-5) ----------- 10000 0000 → tronqué à 8 bits → 0000 0000
C'est TOUT l'intérêt du complément à deux : le même circuit additionneur traite les positifs et les négatifs, sans aucun test de signe. Vous le câblerez au TP 4 en ajoutant simplement un XOR et une retenue d'entrée. Une représentation en signe et valeur absolue exigerait, elle, un circuit de soustraction séparé.
sur 8 bits signés : de -128 à +127
-128 = 1000 0000
inversion = 0111 1111
+ 1 = 1000 0000 ← -128 de nouveau !
en C : -INT_MIN est un comportement INDÉFINIIl y a 256 combinaisons pour 255 valeurs symétriques plus zéro : une valeur négative n'a pas d'opposé. abs(INT_MIN) renvoie un nombre négatif sur la plupart des machines, et c'est une source réelle de failles — un contrôle de la forme « si abs(n) < taille » se laisse contourner par cette seule valeur.
for (int i = 0; i > -1; i++) ; /* boucle « tant que positif » */ gcc -O0 : s'arrête après 2 147 483 647 (retour à -2147483648) gcc -O2 : ne s'arrête JAMAIS /* le compilateur a le droit de supposer que le débordement signé n'arrive pas : il en déduit que i > -1 est toujours vrai */
Le débordement d'un entier SIGNÉ est un comportement indéfini en C ; celui d'un NON SIGNÉ est parfaitement défini (modulo 2^n). D'où la règle pratique : un compteur qui peut déborder se déclare non signé, et un débordement se teste AVANT l'opération, jamais après.
float 0.1 → 0x3DCCCCCD signe 0 | exposant 0111 1011 (123 → 123-127 = -4) | mantisse 1.6 valeur réelle stockée : 0.100000001490116119384765625 0.1 + 0.2 = 0.30000000000000004440892098500626 0.1 + 0.2 == 0.3 → faux /* la comparaison correcte */ if (fabs(a - b) < 1e-9) ...
En base 2, 0,1 est périodique — exactement comme 1/3 en base 10. Aucun nombre fini de bits ne le représente. Le seuil ne se choisit pas au hasard : il dépend de l'ordre de grandeur des valeurs comparées, ce qui rend la comparaison RELATIVE préférable dès que les grandeurs varient. Corollaire : jamais de flottant pour de l'argent — des centimes en entiers.
« éléphant » → C3 A9 6C C3 A9 70 68 61 6E 74
^^^^^ ^^^^^
é é : DEUX octets chacun
8 caractères, 10 octets
fichier coupé au milieu du é : é remplacé par (octet invalide)strlen compte des OCTETS, pas des caractères. Couper une chaîne UTF-8 à une position arbitraire produit une séquence invalide — c'est la cause la plus fréquente des caractères de remplacement dans les interfaces. UTF-8 est conçu pour qu'on puisse toujours retrouver le début d'un caractère : un octet de continuation commence par 10.
octet 0110 1001 → quatre 1 → bit de parité paire : 0 un bit inversé : 0111 1001 → cinq 1 → parité 1 attendue → DÉTECTÉ deux bits : 0111 1101 → six 1 → parité 0 attendue → INVISIBLE
La parité détecte un nombre IMPAIR d'erreurs, et ne corrige rien. Les mémoires ECC utilisent un code de Hamming, qui corrige une erreur et détecte les doubles, au prix de bits supplémentaires. Toute détection d'erreur est un compromis entre redondance et garantie — il n'existe pas de code qui détecte tout.
Ce que la suite en fait
Le complément à deux n'est pas qu'une convention d'écriture : c'est ce qui permet à une machine de n'avoir qu'un seul circuit d'addition pour additionner et soustraire. Le chapitre 4 construira ce circuit porte par porte, et l'on verra que soustraire revient à inverser une entrée et à forcer la retenue initiale à 1 — deux fils, pas un second additionneur.
Le chapitre 6 retrouvera tout le reste : l'extension de signe dans les instructions de chargement, la distinction signé/non signé dans les branchements, et les décalages qui multiplient par des puissances de deux. Et le domaine de valeurs, ici présenté sur 8 bits, deviendra celui du bus d'adresses au chapitre 5 : adresses, soit 4 Gio d'espace adressable — la vraie raison de la bascule vers le 64 bits.
À retenir
Flashcards · 5 cartes
- Comment obtient-on l'opposé d'un nombre en complément à deux, et pourquoi ce codage a-t-il été choisi ?
- On inverse tous les bits puis on ajoute 1 — règle involutive, l'appliquer deux fois redonne le nombre. Il a été choisi parce qu'il n'a qu'un seul zéro et surtout parce que l'addition binaire ordinaire donne le bon résultat sur les négatifs : une seule unité d'addition suffit au processeur, sans circuit de soustraction séparé.
- Quel est le domaine du complément à deux sur n bits, et quelle asymétrie faut-il connaître ?
- De −2ⁿ⁻¹ à +2ⁿ⁻¹ − 1, soit −128 à +127 sur 8 bits. Il y a un négatif de plus que de positifs, parce que zéro occupe une place du côté positif. Conséquence : l'opposé de −128 n'est pas représentable sur 8 bits, et la règle inversion + 1 appliquée à −128 redonne −128.
- Comment détecte-t-on un débordement signé, et pourquoi la retenue sortante ne suffit-elle pas ?
- La retenue sortante signale le débordement NON signé. Le débordement signé se détecte quand la retenue entrant dans le bit de signe diffère de celle qui en sort — ou, en pratique : additionner deux nombres de même signe et obtenir un signe opposé. 100 + 50 sur 8 bits déborde en signé (résultat −106) sans produire aucune retenue sortante.
- Pourquoi 0,1 + 0,2 ne vaut-il pas exactement 0,3 en flottant, et qu'en déduire ?
- Parce que 1/10 est un développement binaire infini périodique : aucune mantisse finie ne le contient exactement. La machine calcule sur les plus proches voisins représentables. On ne compare donc jamais deux flottants par égalité stricte — on teste que l'écart est sous une tolérance — et on n'emploie pas de flottants pour de l'argent : on compte en centimes, en entiers.
- Que sépare Unicode que les pages de codes confondaient, et qu'implique UTF-8 ?
- Unicode sépare le POINT DE CODE (le numéro abstrait du caractère, U+00E9 pour é) de l'ENCODAGE (la façon de le stocker en octets). UTF-8 est un encodage à taille variable : 1 octet pour l'ASCII, 2 à 4 au-delà. Donc le nombre d'octets n'est pas le nombre de caractères — « été » occupe 5 octets pour 3 caractères — et couper une chaîne au hasard peut produire un octet invalide.